Otages suisses : les TTP collaborent avec Qai'idat al-Um
08 août 2011, la chaîne de télévision al Arabiya News diffusait une brève séquence vidéo évoquant le sort des otages suisses détenus par les Tehrik e Taliban Pakistan (TTP) [pour visionner la séquence vidéo sur YouTube suivre ce lien].
al Arabiya News affirme que les images lui ont été transmises par les TTP. Le clip ainsi diffusé met en exergue les pays visités par le couple helvétique, à l'instar de Singapour, des Emirats Arabes Unis ou encore de l'Iran (cf. notre infographie ici).
Cette introduction resterait toutefois anecdotique sans la contextualisation suggérée par le commentaire de la chaîne.
L'énumération des pays visités achevée, la journaliste d'al Arabiya News ajoute les éléments suivants :
Selon une première source (issue du mouvement taliban), les deux otages travailleraient pour une entreprise de sécurité occidentale (ce qui est faux) ; en outre, tous deux seraient experts en techniques d'auto-défense.
Ensuite, al Arabiya News explique avoir appris (source non précisée) que les Tehrik e Taliban collaborent avec Qa'idat al-Um sur ce cas. Enfin les TTP précisent qu'une vidéo des deux otages sera être diffusée très prochainement.
Aafia Siddiqi, les otages suisses ou la quadrature du cercle selon Waliur Rehman et les TTP
Bill Roggio du Long War Journal (LWJ) a publié hier une brève intitulée "Pakistani Taliban want to trade Swiss hostages for Lady al Qaeda". Le décor posé (rappel des faits, de l'enlèvement ainsi que de l'interview donnée par Waliur Rehman) le LWJ se fend d'un commentaire incisif sur les enjeux et la symbolique qui sous-tendent la demande de libération d'Aafia Siddiqi.
Aafia Siddiqi apparaît pour la première fois dans les listes du FBI en mars 2003, peu après que Khalid Cheikh Mohammed alias KSM (le cerveau des attentats du 11 septembre 2001) eût donné son nom aux enquêteurs américain. Présentée comme l'une des pièces centrales du dispositif américain de KSM. Selon l'acte d'accusation dressé par le Ministère public américain, la frêle doctoresse pakistanaise aurait compté quelques uns des plus importants agents opérationnels de Khalid Cheikh Mohammed aux Etats-Unis, à l'image de Majid Khan (consulter son dossier de Guantanamo ici), Iyman Faris (attentat du Mall de Colombus) ou encore de son second mari, Ali Abd al-Aziz Ali alias Ammar al-Baluchi (attentats du 11 septembre 2001, tentatives d'attentats aux USA de 2002 & 2003, complot visant le Consulat des Etats-Unis de Karachi).
Ce n'est toutefois pas pour son appartenance au réseau de KSM qu'Aafia Siddiqi fut condamnée à 86 ans de prison, le 23 septembre 2010, la Cour ne retenant que la tentative d'assassinat sur du personnel militaire américain en Afghanistan.
Les otages suisses détenus par les Tehrik e Taliban Pakistan
Waliur Rehman y précise que les otages seront échangés contre Aafia Siddiqi, ressortissante pakistanaise condamnée et détenue aux Etats-Unis. Doctoresse,Aafia Siddiqi a étudié aux Etats-Unis, mariée à l'un des neveux de Khalid Cheikh Mohammed (alias KSM, le "cerveau" des attentats du 11 septembre 2001) et surnomée "Lady al Qa'ida" par les médias outre-Atlantique, Aafia Siddiqi aurait travaillé sur quelques projets sensibles des réseaux de Qa'idat al-Um. Elle a été arrêtée en Afghanistan le 17 juillet 2008 et remise aux autorités américaines peu après. Aafia Siddiqi a été condamnée pour avoir voulu tuer des soldats américains en Afghanistan. Sa condamnation a déclenché une vive réaction des groupes islamistes pakistanais. En outre, les plus hautes instances politiques pakistanaises ont pris fait et cause pour la jeune femme.
Lorsqu'ils avaient revendiqué la tentative d'attentat manquée de Faisal Shazhad à Time Square, New York, le premier mai 2010, les TTP avaient déjà cité Aafia Siddiqi comme l'une des motivations de leur action. L'attentat-suicide de Khost (base opérationnelle avancée Chapman, le 30 décembre 2009) avait coûté la vie à sept agents et contractuels de la CIA . Cette action a également été revendiquée par les TTP. Aafia Siddiqi, et une autre jeune femme emprisonnée en Jordanie, Sajida Mubarak Atrous al-Rishawi (Triple attaque des hôtels Radisson SAS, Grand Hyatt et Days Inn d'Amman le 09 novembre 2005. Sajida Rishawi n'avait pu mettre à feu sa ceinture explosive. Ses trois comparses eurent plus de succès. Cette action fit 60 morts et 115 blessés).
Deux versions du lieu et des circonstances exactes de l'enlèvement coexistent depuis le début de l'affaire. Dans une première version, les deux ressortissants suisses sont enlevés à Lorelai, dans leur hôtel. Dans une deuxième version, leur bus est intercepté dans les environs du camp de réfugiés de Zeer Kariz, entre les checkpoints de Shah Kariz et celui Baghee Peer Sahib. Waliur Rehman suggère que les TTP ont effectivement repéré les deux suisses à leur hôtel, ce qui corrobore la trame de la première version. En précisant, plus avant dans l'interview, que les hommes de main ayant effectué les premiers repérages ont aussi exécuté l'opération, Rehman suggère un étalement dans le temps de ces deux phases (repérage puis enlèvement), ce qui tend à conforter la seconde version. De l'aveu de Waliur Rehman, les auteurs de l'enlèvement émargent à la faction TTP des Mehsud et sont originaires de la Province du Sud Waziristan. Ce faisant, Rehman endosse la responsabilité finale de cette action : il est le leader de la faction des Mehsud et le responsable incontesté des TTP dans la Province. La confirmation de leur transfert au Nord (Province du Nord Waziristan) indique que les deux suisses sont désormais sous le contrôle du commandement central des TTP et de son chef, l'amir Hakimullah Mehsud. Par souci d'efficacité et de précision, nous reprenons dans son intégralité le contenu de l'interview du 28 juillet 2011 :
De la Libye au Mali, un puzzle trop de pièces
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En mai 2010, une chaîne de télévision locale pakistanaise révèle l'existence d'une lettre transmise à la soeur d'Aafia Siddiqi, Fozia, Signée par Hakimullah Mehsud, amir (commandant en chef) des TTP, cette missive contient notamment le passage suivant :
La déclaration de Waliur Rehman confirme certaines informations ayant circulé peu après la disparition des deux touristes helvétiques. L'entretien révèle par ailleurs quelques détails intéressants quant au mode opératoire de l'enlèvement.
Ils ont été enlevés dans l'une des zones les plus complexes de la planète : en terre baloutche. Quelque part sur la N70, entre Dera Ghazi Khan et Quetta. Lorsque le bus volkswagen bleu roi immatriculé en Suisse passe le checkpoint de Sirki Jangle, la police tribale enregistre consciencieusement les visiteurs. S'ils ne le savent pas, les deux ressortissants helvétiques entrent alors dans une zone grise aussi explosive que particulière. Une terre d'enjeux stratégiques autant que tactiques, tout à la fois refuge officieux des chefs historiques du mouvement taliban et base arrière des commandants taleb opérant en Afghanistan. Une zone au sujet de laquelle affrontements verbaux et tractations diplomatiques se font à fleurets mouchetés ; une terre au dessus de laquelle flottent, invisibles mais inquisiteurs, les satellites des grands de ce monde.






