Le T-Bird, ou "Terrorism Bird" présente un choix d'articles, de liens ou de commentaires préparés par le GCTAT, liés à l'actualité immédiate.

T-BirD #56, 21 octobre 2011

altL'équipe du GCTAT caressait depuis longtemps déjà l'idée d'un T-BirD sur la manière dont le grand cousin hexagonal gère les questions liées au terrorisme. Nous avons effleuré le sujet dans notre dernière livraison : évoquant le PKK nous avions souligné les résultats impressionnants obtenus par le  juge anti-terroriste français Fragnoli.

Mais même pour les plus accomodants de nos lecteurs, ces quelques lignes n'avaient valeur  que d'amorce.  Pourtant, nous disposions - déjà- de textes intéressants sur le sujet.

Simplement, il nous manquait l'accroche; tout au moins jusqu'à ce jour.

Il est un blog que nous suivons avec assiduité ; une tribune dont l'impertinence, le ton et le style furieusement cyniques n'ont d'égales que la profondeur, la maîtrise et la pertinence des argumentaires  construits et développés en billets (le plus souvent) assassins.

Ancien des "services", fin connaisseur des scènes contre et anti terroristes de France, de Navarre, de l'Empire  (lisez ce billet-ci, la référence n'en sera que plus limpide.....) et d'ailleurs, Jacques Raillane alias AbouDjaffar souhaite garder un anonymat que lui dénient son talent et son statut assumé de pourfendeur des disciples du contre-terrorisme appris en trois leçons prises et deux discussions développées sur le zinc la ginguette du quartier.

Or donc, l'affaire Squarcini, du nom du patron embourbé de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) nous permit de joindre l'utile à l'agréable : le présent T-BirD est tout entier consacré aux arcanes du  terrorisme et du renseignement français. Il est introduit par la dernière gueulante de Jacques Raillane (pour lire le texte qui suit dans sa version originale, suivre ce lien):

Maman, ceci est ma dernière lettre. Je m’apprête à révéler une série de retentissants secrets d’Etat puisque les journalistes de notre pays sont muselés par l’omniprésente police politique et la crainte, toujours plus forte, d’une déportation définitive dans le Massif Central, en Corse, voire, pour ceux que nous ne reverrons sans doute jamais, en Bretagne.

Je vais donc prendre le maquis dès demain, probablement du côté de Fontainebleau, et j’ai bon espoir qu’un Lysander de la RAF viendra m’exfiltrer, d’ici une semaine, de ce pays fermé et apeuré qu’est devenue la France. Sinon, s’ils me retrouvent après mes terrifiantes révélations, je ne faillirai pas et je saurai mourir pour la liberté, en fier fils de la Gaule.

Mais vite, car j’entends déjà les véhicules de la milice boucler le quartier et résonner sur les trottoirs luisants de ce débuts d’automne les chaussures à clou des agents de l’infâme oppression. Quels sont donc ces secrets ? Les touches de ma Remington me semblent brûlantes, et chaque lettre tapée me rapproche de l’issue. Qu’importe, le peuple doit savoir.

Depuis plusieurs jours, les plus courageux de nos journalistes, ceux qui n’ont pas encore disparu dans les sinistres couloirs de l’hôtel Crillon, osent évoquer, dans les recoins les plus abrités de leurs rédactions assiégées, la mise en examen du préfet Squarcini, un des plus proches collaborateurs du chef de l’Etat. Les éditorialistes de la presse clandestine, celle qu’on ne trouve que dans les squats insalubres du nord de la Capitale et qu’on ne lit que sous la douche ou à la cave sans lumière, les rédacteurs en chef de ces quotidiens intransigeants que nous savons voués à disparaître lors du lancement du prochain plan quinquennal, ces fiers défenseurs de la liberté de pensée ont imprudemment écrit que M. Squarcini, dit « le Squale », dit « le mari de la Française Turpin », serait le chef du renseignement français.

Hélas, la réalité est bien plus horrible, et ça n’est qu’au prix de risques inconsidérés que j’ai découvert que ce redoutable personnage était en réalité le directeur de la DCRI, un organisme mystérieux dont le siège est habilement dissimulé dans une épicerie de Levallois, une ville interdite aux étrangers où résonnent chaque soir les hurlements des opposants. Alors, si M. Squarcini n’est pas le chef du renseignement français, qui cela peut-il être ? Un homme de l’ombre encore plus redoutable ? Il se murmure, mais j’ose à peine l’écrire, qu’il y aurait au-dessus de lui un autre serviteur impitoyable de la tyrannie, surnommé ironiquement Ange. Mais j’en ai déjà trop dit et je sens presque déjà le froid canon d’un Manurhin sur ma nuque moite de peur.

J’ai aussi dévoilé un autre secret, bien plus angoissant encore. Un exemplaire du Monde, que je consultais fébrilement il y a peu dans un souterrain de La Défense, titrait : « Affaire Bettencourt : les services secrets ont espionné un journaliste du Monde ». Une de mes sources m’a avoué, et elle a disparu depuis, qu’il ne s’agissait pas des services secrets mais du contre-espionnage, un service intérieur. Il existerait, dans un quartier désolé de Paris, une mystérieuse caserne abritant les VRAIS services secrets, des gens mystérieux utilisant des faux noms, travaillant hors du pays et se livrant aux pires turpitudes. J’en frissonne.

Un correspondant anonyme, qui vient de quitter le pays déguisé en cadre sup’ de L’Oréal, m’a d’ailleurs fourni deux schémas qui seront d’une grande utilité (voir ici et ici) à nos amis du MI-6 et de l’OSS. Je crois que tout y est et l’invraisemblable cruauté du système répressif mis en place dans notre pays y est dévoilée dans son horreur. Le premier date de 2008, et on me dit que des gens sont morts pour que je puisse le tenir ce soir entre mes mains :

Et l'autre a été publié par un hebdomadaire révolutionnaire connu sous le nom de L'Express, mais j'avoue que je n'ai eu la chance d'en lire un exemplaire.

Ah, on frappe à ma porte. Cette fois, c’est pour moi. Je saute dans le vide-ordures et je file à travers champs avec ma Sten.

NB : sérieusement les gars, avant d’écrire en une des trucs qui vous auraient fait virer du CFJ, essayez donc Google. Vous verrez, ça peut servir.

T-BirD #56, 21 octobre 2011

Au sujet du renseignement français et de la lutte contre le terrorisme, nous suggérons les plus assidus de consulter :

 

1) "La France face au terrorisme - Livre Blanc du Gouvernement sur la sécurité intérieure face au terrorisme"; La documentation Française, Paris; 2006.

2) "Audition de M. Bernard Bajolet, coordonateur national du renseignement-Compte rendu, Commission de la défense nationale et des forces armées"; Assemblée Nationale; 26 janvier 2011.

3) URVOAS, Jean-Jacques; VADILLO, Floran; "Réformer les services de renseignement français", Editions Fondation Jean Jaurès; Paris; mai 2011.

4) DENECE, Eric; "Le renseignement intérieur"; Cf2R; mai 2011.

5) RODIER, Alain; "La menace terroriste en France à l'automne 2011"; Cf2R; septembre 2011.

6) CETTINA, Nathalie; "Antiterrorisme : une fragile coordination"; Cf2R; avril 2011.

T-BirD #55, 19 octobre 2011

altA trop compter les frappes de drones en zone pakistano-afghane, au Yémen ou en Somalie, on en oublierait presque d'autres conflits, d'autres foyers de guérilla et d'autres organisations - plus ou moins clandestines - actives en Europe et au delà.

Il est, aux portes de l'Europe, une guerre qui se poursuit depuis plusieurs décennies, avec des fortunes médiatiques (sinon stratégiques, politiques et médiatiques....) diverses et inégales.

Ultime mouvement ethno-nationaliste d'envergure actif sur le continent européen, le "Parti des Travailleurs du Kurdistan" (Partiya Karkerên Kurdistan - PKK) a subi force mues et adaptations depuis la capture, le 16  février 1999, de son fondateur et chef charismatique Abdullah Öcalan.

altChangements de noms, tout d'abord : le mouvement devient le "Congrès pour la Liberté et la Démocratie au Kurdistan" (Kongreya Azadî û Demokrasîya Kurdistanê - KADEK) avant que d'endosser l'appellation de "Congrès du Peuple du Kurdistan" (Kongra Gelê Kurdistan - KONGRA GEL) et de reprendre sa dénomination de PKK en 2005.

Gestion de la capture du chef charismatique ensuite : entre 2001 et 2004, le mouvement concentre l'activité de ses branches armée (les "Forces de Défense Populaires",Hêzen Parastina Gel - HPG, ex "Armée Populaire de Libération du Kurdistan", Artêza Rizgariya Gelê Kurdistan - ARGK) et clandestine dans sa zone d'implantation primaire, au nord de l'Irak. Le PKK est alors animé par un Comité présidentiel, lui-même flanqué d'un Comité central.

Son aile politique (ou "Union Démocratique du Peuple", Yekitiya Demokratik Gelê Kurd - YDGK, ex "Front de Libération National du Kurdistan, Eniya Rizgariya Netwa Kurdistan - ERNK) est présente et active dans la plupart des pays européens, notamment en Allemagne, en Belgique, en France, aux Pays-Bas et en Suisse. 

C'est d'alleurs depuis le territoire européen que les structures politiques, associatives, commerciales et financières du PKK conduisent une grande part de leurs activités (lobbying, propagande, collecte de fonds, recrutement, endoctrinement et envoi sur zone de jeunes kurdes). Regroupées sous l'appelation de Komalen Ciwan, les branches jeunesse du PKK jouent un rôle essentiel dans les stratégies européennes du mouvement kurde (tant en matière de propagande, de recrutement que lors des opérations ciblées de violence de rue).  Les différentes structures politico-financières du PKK sont d'ailleurs rapidement  apparues en filigrane des investigations lancées, en 2007, par le procureur français Thierry Fragnoli : le procès des 18 membres du PKK (dont Riza Altun et Nedim Seven) déférés devant justice par le magistrat doit se conclure le 2 novembre 2011 ( cf. dépêche de l'AFP à ce sujet).

Le T-BirD #55 est tout entier consacré au mouvement kurde, au coeur de deux actualités récentes :

  • en France d'abord, où les services de sécurité ont menés, coup sur coup, deux opérations contre les structures proches du PKK à Marseille (septembre), puis à Bordeaux (octobre) ;
  • en Turquie enfin, dans la Province d'Hakkari, oû 26 soldats turcs ont trouvé la mort au cours d'opérations simultanées menées par les combattants du PKK.

T-BirD #55, 19 octobre 2011

 

Pour tous ceux qui souhaiteraient approfondir le thème du PKK, nous recommandons :

 

"Arbeiterpartei Kurdistans (PKK)-VolksKongress Kurdistans (KONGRA GEL): Strukturen, Ziele, Aktivitäten"; Bundesamt für Verfassungsschutz; Köln, März 2007.

CÉCILLON, Julien; "Le PKK dans l'impasse"; Repère sur la Turquie n°4, IFRI, 2011.

JONSSON, Michael, "Kurds and pay - Examining PKK financing", Janes Intelligence Review, 13.03.2008.

T-BirD #54, 18 octobre 2011

altLe 3 octobre dernier, nous proposions un T-BirD (voir le T-BirD # 47 ici) centré sur les deux enlèvements de touristes survenus au Kenya et attribués aux Shabaab somaliens. Nous avions alors insisté sur les implications politico-financières et les ramifications locales de ces opérations.

Le T-BirD du jour présente les derniers développements de la situation, avec l'incursion (coordonnée ?) des troupes kenyanes en territoire somalien, le démenti officiel des shabaab (qui nient avoir joué un rôle tant dans les enlèvements des ressortissantes britannique et française, que dans celui des deux humanitaires espagnoles de Médecins Sans Frontières) et les avertissements lancé par le mouvement à l'encontre des troupes kenyanes.

Après le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Nigéria (retour des mercenaires ayant combattus aux côtés du régime Kadhafi), la Corne de l'Afrique semble aussi devoir affronter une période d'instabilité accrue.

 

T-BirD #54, 18 octobre 2011

T-Bird #53, 17 octobre 2011

altL'affaire n'a pas été relevée par la presse européenne : un internaute marocain nargue depuis plusieurs semaines les forces de l'ordre du Royaume chérifien. Soupçonné d'avoir diffusé sur plusieurs sites jihadistes connus un manifeste sobrement intitulé "Le loup solitaire du Maroc", ce jihadiste virtuel est traqué par les services spécialisés (à ce sujet, lire le dernier article du T-BirD 48 intulé "Enquête au coeur de la cyberpolice - la cyberpolice existe depuis 10 ans déjà, sous l'appelation officielle de "police technique" ici).

Sa capture  fut annoncée une première fois le 6 octobre 2011(suite à une opération de police survenue, les sources divergent à ce propos, le 1er ou le 3 octobre dernier): c'était une erreur. Le loup s'empressa de démentir son arrestation au travers d'une lettre diffusée sur de nombreux sites jihadistes, moins d'une semaine plus tard. L'affaire n'en est qu'à ses balbutiements; gageons que nous aurons à y revenir très prochainement.

 

T-BirD #53, 17 octobre 2011

T-BirD #52, 14 octobre 2011

altA trop vouloir compter les missiles, tenter de percer les mystères des systèmes d'arme ayant quitté les arsenaux libyens pour l'Afrique sub-saharienne, l'on en aurait presque oublié le facteur humain...

Ces hommes venus qui du Niger, qui du Mali ou d'autres horizons plus lointains encore, pour combattre à l'appel du régime déchu de Kadhafi. Anciens rebelles touareg, membres du Front Polisario, ils sont au coeur du T-BirD du jour, rappelant à l'envi les effets potentiellement déstabilisateurs (et forcément dévastateurs) de la crise libyenne sur une région qui n'en avait absolument pas besoin.

 

T-BirD #52, 14 octobre 2011

T-BirD #51, 13 octobre 2011

altDans le flot continu des dépêches et annonces consacrées au Yémen, l'informatione est passée complètement inaperçu : Abdullah al-Raimi, alias Abdullah al-Kini alias Owaiss est désormais présenté comme l'un des responsables-clés de l'organisation al-Qa'ida dans la Péninsule Arabique (aQPA).

Aussi bref que laconique, ce jugement augure fort mal du futur du ressortissant yéménite.

Prêtée à Gabriel Koehler-Derrick du Combating Terrorism Center (CTC) at West Point (et éditeur de la dernière publication du CTC sur le Yémen, "A False Foundation? AQAP, Tribes and Ungoverned Spaces in Yemen" ), la remarque s'apparente fort à un discret mais définitif "coup de pied de l'âne" (pour reprendre une expression chère à l'un des parrains du GCTAT ).

LeT-BirD du jour s'ouvre sur l'article qui a le premier attiré notre attention. 

Les textes sélectionnés ensuite tentent de remonter le fil (parfois fort trouble) de l'existence d'al-Raimi : de la tragique méprise de 2008 (lorsque les services de sécurité yéménites arrêtent un al-Raimi homonyme, et persistent- pendant plus de deux ans - dans leur erreur), en passant par sa possible amnestie,  la rocambolesque évasion de 2006 ou encore le procès en demi-teinte du réseau de soutien helvétique à al Qa'ida. En paraphrasant Cyrano de Bergerac, l'on pourrait dire avec raison que tout cela ne fait pas une biographie, encore moins un tenant de la mouvance jihadiste internationale.

Et l'on aurait raison.

C'est pour celà que nous y reviendrons. Très prochainement.

 

T-BirD #51, 13 octobre 2011

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