Le T-Bird, ou "Terrorism Bird" présente un choix d'articles, de liens ou de commentaires préparés par le GCTAT, liés à l'actualité immédiate.

T-BirD #41 / Vol.2, 22 juin 2012

altNos sociétés ne peuvent se départir d'une morbide fascination pour les individus hors-normes. Appartenir (ou être présenté comme appartenant) à un mouvement terroriste, de surcroît  inféodé aux réseaux Qa'idat al-Um, projette instantanément "l'élu" dans les limbes d'un cimetière infâmant et sans oubli.

Réelle ou supposée, la noirceur n'empêche en rien complexité.

L'affaire Merah le démontre à l'envi, le rappelle, jusqu'à plus soif (à ce sujet, lire les deux excellents billets d'Abou Djaffar ici et ici, avant que de plonger dans les méandres de cet article du Monde, ici).

Phantasmée ou assumée, la violence dont se réclament la plupart des séides du jihad ne doit pas nous faire oublier les méandres, les hésitations, la petitesse mais parfois aussi l'humour (l'autobiographie d'Abou Mansour al-Amriki, The Story of an American Jihaadi, Part One, illustre parfaitement bien ce point) qui les font et les défont.

Le présent T-BirD est un instantané.

Trois portraits, trois points de vue contrastés et ourlés, envers et contre tout, d'une certaine humanité. Terroristes, irhabi, ils sont des nôtres et cet aveu n'altère ni nos convictions,ni notre volonté de les combattre.

Excellente lecture à toutes et tous

 

T-BirD #41 / Vol.2, 22 juin 2012

T-BirD #40 / Vol.2, 20 juin 2012

altD'abord il y eut l'arrestation surprise , dans une proche banlieue de Quetta, Balouchistan, Pakistan; puis la détention silencieuse de cheikh Yunus al-Mauritani dans (à ce sujet, voir le bref commentaire du GCTAT ici).

Vint ensuite l'annonce de l'existence de documents extirpés du brouillard classifié des matériels (électroniques et papiers) saisis lors du raid d'Abbottabad. Au nombre des révélations, un document attribué à cheikh Yunus al-Mauritani. Esquissant les lignes, structures, modes opératoires et cibles des cellules animées par les responsables des opérations extérieures des réseaux Qa'idat al-Um (à ce sujet, voire le bref article de Florian Flade ici).

Le 20 juin 2012, ce fut la publication de l'arrestation, également dans une banlieue de Quetta, de Naamen Meziche alias Abou Baraa. Jihadiste français d'origine algérienne, Meziche est un personnage complexe, dont une partie des hauts faits restent à écrire.

Compagnon de lutte et éventuel successeur de cheikh Yunus al-Mauritani, Naamen Meziche était un personnage-clé des réseaux Qa'idat al-Um. Sa capture est un nouveau coup dur. Et l'on ne peut désormais s'empêcher de se demander, "s'il ne doit en rester qu'un"...

Excellente lecture à toutes et tous.

 

T-BirD #40 / Vol.2, 20 juin 2012

T-BirD #33 / Vol.2, 15 mai 2012

altLe 5 mai 2012, le "Combating Terrorism Center" (CTC) de West Point publiait dix-sept documents attribués au cheikh Oussama Ben Laden et/ou à ses principaux lieutenants. Au fil des quelques 170 pages déclassifiées par le Département de la Défense américain allaient donc défiler, es qualité de locuteur, thème choisi ou destinataires desdits messages et autres épistoles, Cheikh 'Attiyatullah al-Libi, cheikh (le titre est d'Oussama Ben laden lui-même...) Yunus al-Mauritani, cheikh Ayman al-Zawahiri ou encore l'émir Abdelmalek Droukdal (aQMI).

L'événement allait générer, nous n'en doutions pas, analyses subtiles, commentaires éclairés et autres magistrales exégèses. Rédiger le nouveau T-Bird allait être une réelle partie de plaisir, tempérée par une unique difficulté: effectuer le bon choix parmi une masse indescriptible de textes pertinents autant qu'originaux.

Pour faire court, et sans déborder sur le billet que nous préparons à ce sujet, disons simplement que nous fûmes (oh combien...) déçus.

Il se peut que le nombre des pages déclassifiées ait fait office de repoussoir. Il est possible, aussi, qu'analystes et spécialistes aient souhaité donner du temps au temps et refusé de se précipiter (par gourmandise autant que par éthique professionnelle).

En guise d'analyse(s) brillante(s), nous eûmes surtout droit à un matraquage - au demeurant parfaitement canalisé par la très peu convaincante synthèse du CTC1) - d'idées reçues, de poncifs approximatifs et autres raisonnements  arides de forme comme de fond. Forts d'une paresse et d'un culot qui ne les honorent pas, et plutôt que de lire les textes, d'aucuns allèrent jusqu'à inventer des thèmes voire créer des liens fictifs (que l'on nous transmette les coordonnées des passages dans lesquels Oussama Ben Laden endosse la mouvance Boko Haram...).

La mise en oeuvre du T-BirD se révéla donc plus ardue que prévu. Nous avons toutefois trouvé plusieurs textes qui, de l'annonce de la déclassification des documents en passant par la plaisante mais fort sérieuse mise en garde de Selected Wisdom, permettont à nos lecteurs de se faire une première idée des fascinants labyrinthes que peuvent celer les "Lettres d'Abbottabad".

A toutes et tous, une excellente lecture; tant de ce T-BirD que des documents eux-mêmes.

 

T-BirD #33 / Vol.2, 15 mai 2012


1) La mise en ligne des documents en langue arabe et de leur traduction anglaise est accompagné d'un rapport du CTC intitulé Letters from Abbottabad: Bin Ladin Sidelined ?. La majeure partie des commentaires journalistiques écrits ensuite furent inspirées (mal ?) des pages introductives de ce rapport.

T-BirD #20 / Vol.2, 19 mars 2012

altLeT-BirD du jour constitue une intéressante série d'énigmes.

Le 16 mars 2012, apparaît sur YouTube une brève séquence vidéo (01:10 min). Omar Hammami, alias Abou Mansour al-Amriki, incarnation même combattant étranger (en anglais "foreign fighter", en arabe et dans tous les théâtres d'action des réseaux de Qa'idat al-Um, "al-muhajir") ayant servi sous la bannière des islamistes somaliens du Harakat as-Shabaab al-Mouhajedin (HSM), affirme craindre pour sa vie. Des différents stratégiques et religieux seraient à l'origine du conflit (séquence vidéo "Urgent Message from Abou Mansour al-Amriki").

A peine diffusé, le message fit le tour de la blogosphère, ce qui était attendu; mais pas de la jihadosphère, ce qui l'était tout autant vu son contenu. Comme le soulignent C. Watts et A. Lebovich dans leur excellent essai1), altanalystes et experts furent d'abord pris de cours par l'annonce d'al-Amriki. Tout comme Harakat Shabaab al-Moujahedin (HSM), si l'on doit en croire les interventions de son aile médiatique (autoproclamée) sur Twitter.

A l'étonnement affiché dans un premier message, firent suite des déclarations plus contrôlées; d'abord pour souligner que la vie d'al-Amriki ne serait aucunement menacée, ensuite pour dire qu'un le mouvement entendait mener un enquête approfondie. Le 19 mars enfin, répondant aux articles évoquant l'arrestation d'al-Amriki, fut mis en ligne le message final, démentant cette information (voir ci-contre les messages d'HSM sur ce thème).

Tout, dans cette séquence d'événements paraît étrange.

Les éléments qui en compose la trame ont un goût de "déjà-vu". Que l'on juge.  

D'un côté l'on trouve le Harakat Shabaab al-Moujahedin, mouvement issu de le fournaise somalienne à l'ère de l'Union des Cours Islamiques (UCI); de l'autre les hommes dépéchés en Somalie par le noyau dur de Qa'idat al-Um, regroupés sous l'appelation générique d'al-Qa'ida en Afrique de l'Est (aQAE) avec, en sous-jacence, la question du rôle (et de l'influence) des combattants étrangers (les muhajir) au sein du mouvement somalien.

Ils avaient pour noms Salah Ali Salah Nabhan ou Fazul Abdullah Mohammed alias Harun Fazul. Impliqués dans les attentats de Nairobi et Dar es Salaam (07 août 1998)2), ils devinrent dès 2003 l'ancrage, la mémoire et le savoir de Qa'idat al-Um en Somalie. Non contents de rationnaliser et de structurer un mouvement initialement peu préparé à gérer des espaces administratifs, sociaux et économiques ils furent aussi, dès 2006-7, responsables de l'afflux discret mais constant de jeunes gens désireux de combattre dans les rangs du mouvement somalien. Le système Qa'idat al-Um s'installait en Somalie, préparant la voie à la reconnaissance formelle du 09 février 2012.

Omar Hammami alias Abou Mansour al-Amriki était l'un de ces exilés, de ces muhajirin ayant embrassé l'idéal du Califat, porté le message de Qa'idat al-Um et répondu à l'appel du jihad en se rangeant sous la bannière noire et blanche des Shabaab. Son parcours, sa progressive montée en puissance au sein de la mouvance somalienne sont fort bien expliqués par Christopher Anzalone, dont l'article intitulé "The End of a Romance ? The Rise and Fall of an American Jihadi: Omar Hammami's Relationship with Somalia's Al-Shabaab" est au coeur de ce T-BirD #20.

Salah Ali Salah Nabhan tomba au Sud de Mogadiscio le 14 septembre 2009, victime de l'opération "Celestial Balance"3) (raid héliporté des US Navy Seal lancé contre Nabhan et d'autres cibles prioritaires).

Fazul Abdullah Mohammed et son assistant Musa Hussein alias Musa Sambayo alias Abdullahi Dere finirent cribés de balles par les forces du gouvernement de transition somalien dans le corridor d'Afgooye 4), le 07 juin 2011.

Puis vint le tour de Bilal al-Barjawi alias Abou Hafsa, successeur désigné de Fazul, tué dans une frappe de drone le 21 janvier 2012 (à ce sujet, se référer au T-BirD #19 / Vol. 2). 

Cumulée à celle de Fazul Abdullah Mohammed, la mort d'al-Barjawi suscita de nombreuses interrogations des responsables des Shabaab. En écho aux inquiétudes exprimées en d'autres circonstances et sous d'autres cieux par leurs homologues des Tehrik e Taliban Pakistan (TTP), les Shabaab acquirent la quasi-certitude que les Etats-Unis disposaient d'informateurs et de sources jusque dans leurs rangs.

Une réunion fut convoquée; Ali Mohammed Rage, Hassan Dahir Aweys, Mukhtar Robow, cheikh Fuad Shongole et Abou Mansor al-Amriki y participèrent. In fine, ils accusèrent le chef suprême du mouvement, Ahmed Abdi Godane, d'avoir orchestré (sinon commandité) les exécutions de Fazul Abdullah Mohammed et celle de Bilal al-Barjawi (les deux épisodes sont documentés dans le  T-BirD #19 / Vol.2).

Watts et Lebovich, considèrent que la lutte opposant la faction des Shabaab conduite par Ahmed Abdi Godane à celle dirigée par Rage, Aweys, Robow et Shongole pourrait bien être à l'origine de la disgrâce d'al-Amriki, C'est parfaitement envisageable et leur raisonnement est des plus convainquant.

Nous réservons toutefois notre jugement quant à la finalité et aux conséquences ultimes de ces luttes de pouvoir: un excellent rapport publié par le Osen-Hunter Group suggère d'autres options que celles envisagées par Watts et Lebovich 5).

Plus qu'un hypothétique rapprochement de Godane et de Zawahiri ce qui - peut-être - se joue en Somalie, n'est autre que la survie de l'un des fondements du système Qa'idat al-Um: à savoir la capacité de ses affidés à accueillir, former et engager des combattants sur (tous) les fronts du jihad global.

Excellente lecture à toutes et tous.

 

T-BirD #20 / Vol.2, 19 mars 2012


1) WATTS, Clint; LEBOVICH, Andrew; Hammami's Plight Amidst al-Shabaab and al-Qaeda's Game of Thrones; HSPI Commentary Series 25; George Washington University; March 19, 2012.

2) Salah Ali Salah Nabhan, Fazul Abdullah Mohammed et Abou Talha as-Sudani organisèrent aussi le double attentat du 28 novembre 2002. Un Boeing 757 de la compagnie israélienne Arkia et l'Hôtel Paradise de Kikambala Beach (Kenya) furent pris pour cible. L'appareil au décollage ne put être touché par les missiles SA-7. Le véhicule bourré d'explosifs lancé contre l'Hôtel Paradise fit son oeuvre (13 morts et 80 blessés).

3) Emporté par les commandos américains afin de permettre une identification formelle (vérification ADN), la dépouille mortelle de Nabhan fut rendue à sa dernière demeure par immersion. Il semble donc y avoir eu des précédents au traitement réservé, selon la version officielle, au cheikh Oussama Ben Laden.

4) C'est dans le corridor d'Afgooye que l'on rencontre le plus grand nombre de personnes déplacées de Somalie. Il s'agit de la plus importante concentration de population après Mogadiscio et avant Hargeisa (Somaliland).

5) Osen-Hunter Group; American Shabaab Figher Fears for His Life; Forward-Leaning Global Security Report; Report 12-012; 17 March 2012.

T-BirD #18 / Vol.2, 09 mars 2012

altUne prise d'otages est toujours un événement dramatique. Lorsque l'issue en est fatale, personne n'en sort indemne, ni les familles ni ceux, souvent plus nombreux qu'on ne le pense, ayant travaillé à leur libération.

Enlevés en mai 2011 au Nord du Nigéria, Christopher McManus et Franco Lamolinara ont trouvé la mort hier, 08 mars 2012, abattus (par leurs ravisseurs selon la version officielle) durant une opération conjointe des forces spéciales britanniques et nigérianes.

Le T-BirD du jour est tout entier dévolu à ce drame.

Notre choix s'est porté sur deux types d'écrits. Les premiers présentent les événements ayant conduit à la mort du ressortissant britannique et de son compagnon d'infortune italien. Les seconds forment un panel aussi exhaustif que possible des questions qui se posent - elles sont nombreuses et pertinentes - au lendemain de cette opération.

A l'instar d'Alex Thurston (lire son billet d'opinion à ce sujet ici), nous somme fort peu enclins à prendre au pied de la lettre les déclarations du président nigérian Goodluck Jonathan lorsqu'il désigne Boko Haram comme l'instigateur du rapt et du double assassinat.


A kidnapping is always a dramatic event. And when it ends by the death of the hostages, no one gets out of it unhurt. Neither the families of the hostages, nor the numerous and anonymous ones who worked hard to get them free. Christopher McManus and Franco Lamolinara were kidnapped in Northern Nigeria in May 2011. They were killed yesterday 08 of March, 2012. A joint British-Nigerian operation failed to save their lives.

The T-BirD of the day is entirely dedicated to their story.

Our choice was a dual one. A first batch of articles summarizes (as of today) what is known of the events that lead to the death of both the British and the Italian hostages. A second (and final) batch tries to summarize all the questions that arose since then. As Alex Thurston did write is last post (to be reached here), we are highly suspicious of the claims made be Nigerian President, Goodluck Jonathan, when he says Boko Haram has planned the kidnapping and thus provoked the death of the two hostages.

 

T-BirD #18 / Vol.2, 09 mars 2012

T-BirD #17 / Vol.2, 05 mars 2012

altL'énigme n'est pas récente. Et elle est à l'image du Pays des Cèdres: complexe, inextricablement liée à l'Histoire, aux communautés, aux intrigues et à la schizophénie si particulière de cette petite nation à nulle autre pareille.

Il en fut question auparavant: la Syrie y jouait, déjà, les mauvais rôles. L'Amérique triomphante avait terrassé Saddam Hussein, et des flots de jeunes musulmans, moujahedin improbables, affluaient en Irak. Beyrouth, Tripoli, Damas et Alep servaient de portes: nombres de Cerbères et d'escrocs méfiants assuraient le tri, escroquaient les moins roués et, pour les vrais gardiens de la flamme, garantissaient aux candidast sincères l'accès aux marches irakiennes. 

D'où la question alors posée: al-Qa'ida était-elle présente au Liban ? Et si oui, quelles pouvaient y être son rôle, son influence ? L'organisation de Ben Laden disposait-elle de relais, de contacts au sein des mouvances islamistes locales ?

L'actuelle insurrection syrienne et les réponses du régime al-Assad occupent le devant de la scène internationale. Comme de bien entendu, "la" question se pose à nouveau. Et bien que la formulation soit un peu différente, il y a fort à craindre que certaines des réponses à venir ne ressemblent à s'y méprendre à celles apportées dès 2008.

Le T-BirD du jour compte quatre articles. Le premier dyptique effleure la situation actuelle; le second reprend deux articles publiés en 2008 et en 2010 par le Combating Terrorism Centre.

Excellente lecture à toutes et tous.


The enigma of the day is not a recent one. It looks, sounds and smells like the Country of Cedars: complex, deeply rooted in its History, linked to its communities, the intrigues and the quite particular schizophrenia of this beautiful little nation.

As a matter of fact, the question was already raised before: Syria, already, was part of the bad boys. America had neutralized Saddam Hussein, and floods of young Muslims were coming to Iraq, unlikely fighters with dreams of mujahideen full in their hearts and minds. Beirut, Tripoli, Damascus and Aleppo were the doors. Uncanny Cerberus and crooks were the keepers of the keys, either sorting or deceiving. The faithful ones were providing the sincere candidates with a one way ticket to Iraq.

The question was thus a legitimate one: was al-Qa'eda active in Lebanon ? If yes, how influential was it ? And what kind of role did it play ? Did the Ben Laden organisation have nodes, connections and contacts in the local salafi movements ?

Syria is the bad guy of the day. And "the" question is asked, one more time. Wording might be a little bit different, but the answers to come, whatever they will be, might partially sound like the ones given from 2008 onwards.

Number #17 is made of four pieces. The most recent two present a first insight into the actual situation; the last two present questions and answers provided by the Combating Terrorism Center (CTC) between 2008 and 2010.

Enjoy your reading.

 

T-BirD #17 / Vol.2, 05 mars 2012

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