"Nizam la Tanzim": Abou Musa'b as-Suri libéré ?
Depuis mi-janvier déjà, la jihadosphère frémissait.
Abou Musa'b as-Suri, l'un des principaux théoriciens de la mouvance jihadiste internationale; l'auteur de l'ouvrage le plus cité sinon lu par les impétrants du jihad fi sabillilah (la guerre sainte dans la voie de Dieu) aurait été libéré par les Autorités syriennes.
A peine instillée, la rumeur fut abondamment répercutée (voir en fin d'article les captures d'écran de quelques sites jihadistes ayant publié l'information début janvier 2012) mais, assymétrie parfaite, peu commentée par les spécialistes de l'anti ou du contre-terrorisme. Jarret Brachman dégaina le premier dans une courte intervention, soulignant l'impact potentiel d'une telle libération (lire l'intervention de Brachman ici).
Raffaello Pantucci lui emboîta le pas dans un billet prudent et dubitatif promu lecture obligée de par l'insert de Bryjnar Lia (à son sujet et à propos du livre qu'il consacra à Abou Mousa'b as-Suri, lire l'excellent portrait qu'en fit terrorisme.net en 2008 ici), sans nul doute le plus éminent spécialiste du prolifique théoricien syrien (lire le billet de Pantucci ici).
Rumeur, prudence et suspicion. Rien ne laissait alors penser que le feuilleton as-Suri puisse faire l'objet d'un dénouement rapide. Jusqu'à hier. Aaron Y. Zelin (Jihadology) fut le premier à réagir: Assad al-Jihad2, l'un des exégètes respectés de la jihadosphère annonçait la libération d'as-Suri sur l'un des forum jihadiste connu pour sa proximité aux mouvances jihadistes tangentielles des réseaux de Qa'idat al-Um (lire l'article qu'Aaron Y. Zelin consacre à la libération d'as-Suri dans les colonnes de Foreign Policy).
Ou la rencontre - un rien inattendue - de deux théoriciens du jihad.
Ou comment "l'Histoire", lorsqu'elle s'écrit sur la toile, cite en son tribunal l'une des plumes de la blogosphère qa'idiste (Assad al-Jihad2, dont l'identité réelle n'est toujours pas connue ) afin qu'elle cautionne l'information et libère enfin les discussions sur le hiatus (les années de prison), l'oeuvre, le présent et le futur d'Abou Mousa'b as-Suri.
Abu Musa'b as-Suri, brève biographie
al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s'intéresse pas aux détails de la mise en oeuvre. Brynjar Lia
Mustafa Setmariam Nasar alias Abou Musa'b as-Suri, alias Abou el-Abid, alias Umar Abd al-Hakim est né le 26 octobre 1958 à Alep, en Syrie et bien que cela soit peu connu du grand public, Abu Musa'b as-Suri a longtemps vécu en Espagne, pays dans lequel il arrive en 1982. De sa base hibérique as-Suri tisse sa toile: il crée, développe et entretient des contacts avec les diasporas islamistes éparpillées dans toute l'Europe. Très vite, il se taille une réputation d'homme d'action, pourvu d'un esprit acéré et doté d'une sérieuse capacité d'abstraction. Théoricien autant que praticien, ce double lignage lui confère une place unique au sein de la mouvance jihadiste internationale.
Abou Mousa'b as-Suri fait ses premières armes en Syrie alors qu'étudiant en ingéniérie à l'Université d'Alepp, il rejoint "l'Avant-bgarde Combattante".
Comme le suggèrent les pages que lui consacre Camille Tawil,1) Abou Musa'b as-Suri a connu Oussama Ben Laden à la création de l'organisation al-Qa'ida (en 1988). Emir du groupe des combattants syriens, il rejoint rapidement le Conseil consultatif (shura) de la première mouture d'al-Qa'ida. Auteur (l'écrit, déjà, joue un rôle central dans sa trajectoire) d'un ouvrage intitulé Observations sur le Jihad en Syrie (alors connu des seuls cercles jihadistes et des milieux spécialisés), as-Suri fait ses premières armes de théoricien. Certains des thèmes qu'il abordera plus tard, et qui feront sa notoriété apparaissent dans ce premier opusBrynjar. Lia estime même qu'as-Suri a bien écrit les premiers chapitres de son "Appel" durant cette période. Déjà, il était question d'un au renversement du pouvoir en place à Damas.
Oussama Ben Laden quitte les contreforts de Khorasan dès 1991. Abou Musa'b as-Suri en revanche prolonge son temps: le départ du cheikh saoudien n'a provoqué ni désagrégation ni rupture. Les camps d'entraînement ne désemplissent pas. Et les talents d'Abou Mousa'b as-Suri sont fortement mis à contribution dans les spartiates structures de formation qui jalonnent le pays. L'expérience accumulée en Syrie puis en Jordanie (il y fut formé aux techniques et tactiques de la guérilla urbaine) lui permis de se faire un nom comme instructeur.
Ensemble de Darunta, camps d'al-Ghuraba, de Jihad Wal, Abou Baqr al-Siddiqi ou encore Jawar: selon le témoignage du premier transfuge (historique) d'al-Qa'ida;2) Abou Musa'b as-Suri aurait officié dans la quasi totalité des structures afghanes des mouvances jihadistes nord-africaines, proche et moyenne-orientales. Brynjar Lia (se référer à l'entretien accordé à Terrorisme.net évoqué plus haut) estime que l'expérience militaire et l'intelligence "historique" d'Abou Mousa'b as-Suri sont à l'origine des désaccords que ce dernierl eut avec Oussama Ben Laden.
Dans les dépositions qu'il fit lors du premier procès d'al-Qa'ida aux Etats-Unis (New York, février 2001) Jamal Ahmed Mohammed al-Fadl esquisse le portrait d'un Abou Mousa'b as-Suri responsable des combattants syriens, rassemblés en un "Groupe du Jihad Syrien" et acoquinés avec la naissante organisation d'Oussama Ben Laden. Plusieurs jihadistes détenus à Guantanamo ont, depuis lors, confirmé ces points et précisé qu'Abou Mousa'b as-Suri était le chef des jihadistes syriens délocalisés en Afghanistan.3)
A l'instar de nombreux autres Arabes afghans à cette époque, Abou Musa'b as-Suri se déplace beaucoup, dans de nombreux pays et sans être véritablement inquiété. Entre 1990 et 1996, as-Suri se rend régulièrement en Espagne (son pays de résidence). Lorsqu'il doit rendre compte à Oussama Ben Laden, as-Suri rallie Khartoum, au Soudan.
Mustafa Setmariam Nasar alias Abou Musa'b as-Suri obtient la nationalité espagnole en 1993. Il épouse Helena Moreno Cruz. Paradoxalement, sa quiétude espagnole touche à sa fin: Abou Mousa'b as-Suri entretient des contacts réguliers avec Imad Eddin Barakat Yarkas. Ce syrien d'origine opère aussi depuis l'Espagne. Dans les milieux jihadistes, il est connu sous le pseudonyme d'Abou Dahdah. Il est le chef incontesté d'une importante cellule de recrutement, de formation et de soutien logistique associée à d'al-Qa'ida. Les forces de sécurité espagnoles s'intéressent de près aux activités de cette structure. Ils identifient as-Suri comme l'un des proches de Yarkas. Mis en garde,ce dernier quitte l'Espagne en 1995 et rejoint le Royaume-Uni. Il va y cotoyer la fine fleur des idéologues du jihad mondial et participera, par son action, à la mise en place du Londonistan.
La concentration de salafistes jihadistes à Londres; les tracasseries judiciaires et juridiques opposées aux polices européennes, nord-africaines, proches et moyen-orientales par leurs homologues britanniques ont valu à la capitale du Royaume-Uni ce sobriquet peu flatteur.
Les puristes du salafisme jihadiste résident (transitent) presque tous à (par) Londres. Sous la houlette d'Abou Qotada al-Filastini, Abou Musa'b as-Suri devient le rédacteur en chef adjoint de la publication-phare du Groupe Islamique Armé (GIA) algérien: "al-Ansar". Sous le nom de plume d'Umar Abd al-Hakim, Suri publie nombre de pamphlets; des textes aussi enflammés que violents. Parmi les textes les plus discutables une fatwa. Cosignée par Abou Qotada et Abou Mousa'b, l'appel est destiné au Groupe Salafiste pour la Prédication et le combat (GSPC) algérie et légitime l'assassinat d'enfants.4)
Ses talents de plume ne s'arrêtent pas à la seule mouvance algérienne. Les libyens du Groupe Islamique Combattant Libyen (GICL) font également appel à lui pour leur revue "al-Fajr". Yasser al-Siri, fondateur de l'Observatoire Islamique de l'Information (OII), alors principal conduit à Londres des mouvances jihadistes égyptiennes s'appuie également sur as-Suri.
Se sont toutefois ses relations algériennes qui le conduisent - brièvement - dans les geôles britanniques. Abou Mousa'b as-Suri est inquiété par les Autorités britanniques au lendemain des attentats de Juillet 1995.5) Cette période est surtout marquée par la prise d'influence prépondérante d'as-Suri dans le règlement des contentieux opposant le GIA algérien à son homologue libyen (GICL).6)
Abou Mousa'b as-Suri reste aussi en contact avec les souches islamistes de sa région d'origine. Il cultive notamment Riadh Oklah alias Abou Nabil, figure de proue de la branche armée des Frères musulmans Syriens (des Frères dont l'échec est littéralement disséqué par Abou Mousa'b as-Suri dans ses Observations sur le Jihad en Syrie).7)
Début 1996, Abou Mousa'b as-Suri réalise que le vent tourne en Grande-Bretagne. Le Londonistan perd son attrait. Les Autorités britanniques se font plus restrictives. as-Suri planifie son départ. Oussama Ben Laden a rejoint les contreforts afghans; il y peaufine les structures et les modes de fonctionnementt de la seconde d'al-Qa'i; Mustafa Setmariam Nasar rejoint une première fois le cheikh en 1996.
De ce premier voyage, as-Suri revient convaincu de la justesse de la cause des Taliban et de la nécessité de les soutenir. Derechef il, rédige un argumentaire stratégico-religieux dense et serré. Il y défend la justesse du combat des "Etudiants en religion" afghans et conclue à l'impérative nécessité de les soutenir. Cette profession de foi est la pierre angulaire de l'opposition d'Abou Mousa'b as-Suri aux opérations du 11 septembre 2001: en déclenchant ces attaques sans en prévenir le mollah Omar, Oussama Ben Laden a trahi ses hôtes et leur combat.
En août 1997, Abou Mousa'b as-Suri s'installe définitivement en Afghanistan. Son destin est scellé, à l'égal de celui des hommes et des groupes qui se rassemblent alors en Afghanistan. Mais présence ne signifie par adhésion. Les documents existants ainsi que les déclarations des détenus de Guantanamo sont on ne peut plus clairs à ce sujet. Abou Mousa'b as-Suri n'a pas prêté allégeance à Oussama Ben Laden. Il n'était pas membre à part entière de l'organisation al-Qa'ida:
Al-Suri was not involved in Al-Qaida but wanted his own followers. Al-Suri had some problems witl Al-Qaida and with UBL, often criticizing their behavior and ways of thinking. Al-Suri's ideas were often not in agreemen with Al-Qaida and Al-Qaida leaders believed Al-Suri was an enemy of Al-Qaida and several other Arab groups in Afghanistan. Al Suri started a camp named the camp of Al-Ghuraba" (variant:Al Ghoraba) located near Kabul, to train the Arabs. The camp taught electronic networking and remote-controlled explosive devices were prepared during training.8)
Précisons encore qu'il n'en avait nul besoin. Abou Mousa'b as-Suri était le chef des jihadistes syriens rassemblés en Afghanistan. Selon les services de renseignement syriens il aurait rassemblé autour de lui les membres de diverses cellules islamistes démantelées en Syrie courant 2000 notamment la cellule d'Alepp (dirigée par Sulayman Khalid Darwish alias Abou Khalid, proche d'as-Suri et parent supposé d'Abou Mousa'b az-Zarqawi), celle de Damas et celle d'Hama.9)
Ces hommes forment l'ossature du groupe des Syriens. Ils s'entraînent (mais pas uniquement) dans le camp d'al-Ghuraba et résident à Kaboul, dans la maison d'hôte des Syriens. Le camp, comme la maison d'hôtes accueillent des moujahedin de tous les pays. A l'instar de la structure dont il dispose à Darunta (non loin de Jalalabad), al-Ghuraba dispense des formations qui sont intégrées dans le cursus des combattants d'al-Qa'ida.
Dans l'ouvrage qui consacre sa réputation de stratège, d'idéologue et d'exégète, al da'wat al-muqawama al-islamiyya al-Alamiyya ou L'appel à la résistance islamique globale 10) est limpide sur sa vision des événements déclanchés par les opérations du 11 septembre 2001.
S'il se refuse (et se refusera) toujours à critiquer ouvertement le Cheikh (Brynjar Lia évoque des missives incendiaires adressées à Oussama Ben Laden); à l'heure du bilan, as-Suri n'en est pas moins dur. Il écrit:
Les attaques de septembre 2001 ont projeté la seconde génération de nos jihadistes dans une fournaise intense (...) Pour ces hommes, l'aube du nouveau millérnaire a marqué le début d'une période de carnages et de feu qui a consumé la plupart de leurs chefs, de leurs , détruit leurs bases et permis à une infime partie d'entre-eux d'éviter la capture ou la mort.11)
Comme on l'a constaté plus haut, Abou Mousa'b as-Suri fut régulièrement cité dans les dépositions des détenus de Guantanamo. Shargo Shirz Juwan alias Abou Bilal al-Kurdi, détenu syrien, évoque les années 2001-2005 d'as-Suri comme celles de la "préparation des stratégies et des tactiques militaires du jihad du futur." 12)
Capture...
Alors qu'il dirigeait son propre camp depuis 2001; et après que certains renseignements l'aient situé en Iraq, officiant aux côtés d'Abou Mousa'b az-Zarqawi,
Abou Mousa'b as-Suri est arrêté au Pakistan en octobre-novembre 2005.
A l'instar de nombreux dirigeants, penseurs et opérationnels ayant partagés (de manière inconditionnelle ou seulement tangentielle) la trajectoire d'al Qa'ida, Abou Musa'b as-Suri endosse le statut de détenu-fantôme, happé par le système des prisons secrètes conçu, conduit et géré par la communauté du renseignement Outre-atlantique.
En août 2010, Helena Moreno Cruz, épouse de Mustafa Setmariam Nasar accorde une interview (lire l'intégralité de cette interview ici et ici pour sa traduction française). Elle y annonce que son époux, Abou Mousa'b as-Suri a été arrêté entre mai et novembre 2005été; qu'il a été détenu sur l'île de Diego Garcia (début 2006) avant d'être transféré en Syrie. Helena Moreno affirme avoir eu confirmation de la présence de son mari en Syrie en 2008. Deux sources, l'une propre, l'autre présentée comme une ONG occidentale lui auraient permis de confirmer ce fait (une confirmation que l'on retrouve également dans la plupart des déclarations de détenus mentionnées dans les notes de bas de page de cet essai).
Libération ?
Le réçit de la libération annoncée d'Abou Mousa'b as-Suri s'est fait en trois temps.
- En août 2011, le site jihadiste shumoukh al-Islam confirme la présence d'Abou Mousa'b as-Suri en Syrie. Le communiqué précise que l'idéologue et penseur est détenu dans une geôle du Quartier général des Services spéciaux syriens, sise dans le voisinage de Kfar Susa, à Damas.13)
- En janvier 2012, plusieurs sites jihadistes évoquent, avec grande prudence, une éventuelle libération d'Abou Mousa'b as-Suri. Sooryoon semble avoir eu la primeur de l'information qui fut ensuite reprise par Ansar1 et (entr'autres) Ansar al-Haqq. Dans le sillage de ces déclarations aparaissent les billet et article de Brachman puis Pantucci.
-
Le 02 févrer 2012, Aaron Y. Zelin signale la mise en ligne d'un message annonçant la libération d'Abou Mousa'b as
-Suri. Détail d'importance, le texte est signé par Assad al-Jihad2, chantre reconnu et lu de la jihadosphère.
Nizam la Tanzim
Il y a quelque chose de proprement aristotélicien dans l'annonce de la libération d'Abou Mousa'b as-Suri.
La rumeur d'Août 2011 est un non-dit. Un message que pas même la jihadosphère n'ose répandre. Et à parcourir les sites une certitude point. Ne rien dire est une manière de ne pas tuer l'espoir. A l'automne 2011, et à l'aune de la Caverne de Platon, la libération d'as-Suri n'est pas même une ombre.
L'affaire va se cristalliser beaucoup plus tard, en décembre 2011. Les sites amiraux de la jihadosphère se font plus pressants: le cheikh pourrait être libéré prochainement ou le serait déjà. Repris par Brachman, puis par Pantucci, le conditionnel a encore force de doute. Il n'empêche: la libération d'as-Suri est désormais, en puissance, envisageable et envisagée.
Mais le passage à l'acte tardait.
Lorsqu'enfin il survint, consacré par l'aquiescement virtuel d'Assad al-Jihad2, la jihadosphère balbutia; commentateurs et exégètes ratiocinèrent à l'envi. Et pour cause: l'actuation tant attendue posait problème : jihadosphère et experts entonnèrent leurs divergeants refrains: aux "takbir" des premiers répondaient les incompréhensions et l'incrédulité des seconds. Pourtant (comme le soulignèrent Andrew Lebovich, Leah Farrall, Aaron Y. Zelin et J.M. Berger dans un "gazouilli" tardif) aucune image montrant le libéré de dernière heure, aucun communiqué de principal intéressé ne vint (du moins à l'ehure ou nous publions ces lignes) appuyer ce qui demeure, il faut bien le dire, avant tout un acte de foi, reposant sur la seule (mais conséquente) crédibilité accordée par les deux camps au messager du moment (AJ2).
Agrémentée d'un doute, la foi a ceci de commun avec la physique qu'elle incurve, non le temps, mais le raisonnement. La légitime question de l'authenticité de l'information posée et résolue comme indiqué plus haut, les premières réflexions empruntèrent des chemins de traverse non dénués d'intérêt, parfois, mais tortueux, toujours.
Dans un élan digne de celui déclanché, dans le Nom de la Rose d'Umberto Eco par la question: "Le Christ possédait-il la robe qui le revêtait ?"; d'aucuns tentèrent de masquer un légitime désarroi en martelant dans l'urgence quelques menues évidences. As-Suri , fut-il rappelé, n'était pas membre d'al-Qa'ida, ergo encore moins son numéro quatre (cf. note de bas de page n°13). Dans le même ordre d'idées, Léah Farrall, reprise par Aaron Y. Zelin, souligna qu'Ayman al-Zawahiri ne serait certainement pas ravi d'apprendre la relaxe du théoricien syrien. Pour anecdotique qu'elle paraisse, cette dernière question n'est pas dénuée d'intérêt. Nous y reviendrons.
A lire ce qui précède, un fait s'impose: l'épisode embarasse. Parce qu'il est difficile, sinon impossible de lui trouver une justification, une rationalité. Comme l'a parfaitement résumé un partenaire du Centre: Supposons qu'ils (le gouvernement syrien) l'aient fait. Pourquoi ?
Le Daily Star Lebanon rappelle les relations ambigües que le pouvoir syrien a toujours entretenu avec les mouvances jihadistes. Portail (ou, selon les périodes et l'intensité des pressions extérieures verrou) du champ de bataille iraquien entre 2003 et 2009, Damas et Alepp figuraient sur les feuilles de route de tous les jeunes musulmans désireux de rejoindre le "Pays des deux rivières". Du bout des lèvres, Aaron Y. Zelin reconnait que, le libérant, Bashar al-Assad joue avec le feu.
On le voit, aucune réponse n'est satisfaisante.
Sauf
Sauf à considérer une hypothèse syro-iranienne14) dont les implications pourraient bien réveiller le landerneau jihadiste sis en zone pakistano-afghane.
EN DÉVELOPPEMENT
1) Tawil, Camille; Brothers in Arms - The Story of al-Qa'ida and the Arab Jihadists; Editions Dar al-Saqi, Londres; 2010. pp. 24-42.
2) Jamal Ahmed Mohammed al-Fadl, procès de New York, février 2001. Déposition du 06 Février 2001. Voir http://fl1.findlaw.com/news.findlaw.com/cnn/docs/binladen/binladen20601tt.pdf.
3) Notamment les auditions de Muhammad Abdullah Muhammad al-Hamiri ou celle de Sawad al-Madani.
4) Elbanna, Abdul Latif;JTF-GTMO Detainee Assessment; 01 Novembre 2008. p. 5. Accédé le 03 Février 2012.
5) Tawil, opus cité. p. 118.
6) Tawil, opus cité. pp. 120-125.
7) A ce sujet lire Ulph, Stephen; Jihadi After Action Report - Syria; CTC, West Point; 2006.
8) al-Harbi, Husayn, Abdallah; JTF-GTMO Detainee Assessment; 07 Juillet 2006. p. 9. Accédé le 03 Février 2012.
9 al-Hamiri; Muhammad, Abdullah, Muhammad; JTF-GTMO Detainee Assessment; 08 Octobre 2008. p. 7. Accédé le 03 Février 2012.
10) A ce sujet lire Cook, David; Paradigmatic Jihadi Movements; CTC; West Point; Octobre 2006.
11) as-Suri, Abou Mousa'b; Da'wat al-muqawama al-islamiyya al-Alamiyya; Novembre 2005. Librement traduit. p. 41.
12) Juwan, Shiz, Shargo; JTF-GTMO Detainee Assessment; 05 Avril 2008. p. 11. Accédé le 03 Février 2012.
13) Blanford, Nicholas; Rumors swirl that Syria freed Al-Qaeda No. 4 from prison; TheDailyStar Lebanon; 01 February, 2012. Accédé le 03 Février sur http://www.dailystar.com.lb/News/Politics/2012/Feb-01/161761-rumors-swirl-that-syria-freed-al-qaeda-no-4-from-prison.ashx#axzz1lJ3aWhSe
14) Hypothèse soufflée lors d'une récente discussion virtuelle (050212). Nul doute que notre interlocuteur se reconnaitra dans ces lignes. Ses suggestions ont ouverts de multiples possibilités et champs de réflexion. Qu'il en soit remercié.


